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Recycler ses vêtements, ça marche vraiment ?

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Quelle est la différence entre les armoires de nos grand-mères et la nôtre ? Probablement le nombre de vêtements. Nos dressings ont tendance à déborder, certains vêtements ne sont portés qu’une dizaine de fois avant de finir au fond du placard, par lassitude, l’industrie de la mode nous pousse à consommer toujours plus, de changer de style et de garde-robe à chaque saison. Résultat, nous consommons 60% de vêtements de plus qu’il y a 15 ans !

 

Alors, lorsque nos commodes débordent de vêtements, un de nos premiers gestes et de faire un tri, avec trois piles : les vêtements que l’on garde, ceux que l’on veut vendre ou donner et ceux que l’on jette (idéalement dans les bornes Le Relais).

Mais que deviennent ces vêtements que nous « recyclons » ? Ont-ils réellement une seconde vie ? Sont-ils revendus ? Et qu’advient-ils de ceux qui sont trop abîmés pour être remis en vente ?

 

dalangeac vous emmène dans la filière complexe du recyclage…

 

De la borne au centre de tri

Lorsque l’on dépose des vêtements (et autres textiles) dans un Point d’Apport Volontaire comme les bornes Le Relais (qui représentent environ 50% des bornes de points d’apports volontaires), le contenu de la borne est amené dans un grand centre de tri. Il y en a 14 en France.

Chaque année, en France, 239 000 tonnes de textiles d’habillement, linge de maison et chaussures sont recyclés, soit 38% de la masse de textiles mis sur le marché français. Un sacré chiffre !

De tous ces textiles, 33,5% vont réellement être transformés pour être recyclés, près de 58% seront réutilisés et le reste sera détruit.

Dans les centres de tri, les employés vont séparer les textiles en plusieurs catégories : certaines fibres pourront être recyclées, et transformées en vêtements (indice: pas tant que ça finalement), d’autres textiles seront réutilisés dans d’autres industries comme le bâtiment, l’automobile, ou l’énergie.

 

Source : Eco TLC

 

Les textiles en bon état

Ils représentent environ 58% des textiles. Les textiles qui peuvent être revendus dans leurs des boutiques de seconde-main (comme Ding Fring, marque gérée par Le Relais) ou dans d’autres friperies sont stockés dans de grands chariots. Les propriétaires de friperies peuvent venir acheter en gros des lots de vêtements (jeans, polos, pulls, chaussures, chemises) et certaines marques viennent aussi récupérer des lots de textiles comme des rideaux ou de grands draps, pour les transformer en nouveaux produits : des vêtements, des sacs et autres accessoires, des éléments de décoration.

Ces textiles auront une seconde vie et l’impact écologique dégagé par leur production sera ainsi réduit.

Ils représentent environ 6 à 8% du volume total des textiles.

 

L’export du textile usagé

Une partie des vêtements en bon état, ceux qui ne sont pas choisis par les friperies pour la revente, va être expédiée à l’étranger, notamment en Afrique. En 2018 par exemple, la France a exporté 69 000 tonnes de vêtements en Afrique (soit 30% du volume des textiles et vêtements usagés !). Le continent africain importait en 2018 34,3% du volume mondial (en valeur $) du marché des vêtements usagés, pour 1% d’export. A l’inverse, l’Europe exporte 51% de la valeur mondiale des vêtements de seconde main et l’Amérique du Nord, 18,45%.

Une aubaine pour ce beau continent, tout ces vêtements à prix bas (et souvent secondés d’avantages quant aux taxes) ? En partie : cela créé de l’emploi dans certains pays. Des balles de vêtements divers et variés arrivent sur les marchés africains et sont triés dans de grands entrepôts, puis mis en vente à bas prix dans les boutiques locales.

En revanche, l’arrivée massive de tous ces textiles, en provenance des pays développés, a aussi eu un impact négatif : l’industrie du secteur du textile en Afrique a pris un coup. Les usines de production locales se sont retrouvées face à une concurrence presque déloyale, les vêtements d’occasion à très bas prix ayant inondé le marché, ne laissant plus beaucoup de place pour les marques et créateurs locaux. Et pourtant, cette les différentes cultures africaines sont si riches ! Riches en ressources aussi : 400 000 et 200 000 tonnes de coton sont produits respectivement en Côte d’Ivoire et au Cameroun ! Mais 95% de ce coton part à l’export, pour les grandes marques européennes notamment, et l’industrie de transformation de la fibre et de la création de vêtements ne peut plus se développer en Afrique. Incapable de s’aligner sur les prix très bas des vêtements de seconde-main, rebus de nos centres de tri, les industriels des pays africains ferment leurs usines, et les déchetteries et sites d’enfouissements locaux récupèrent nos vêtements dont plus personne ne veut.

 

Le recyclage du textile

Un tiers des textiles seront « downcyclés » (sous-cyclés) : cela signifie qu’on leur trouve une nouvelle forme d’utilisation, avec potentiellement une perte de valeur.

Ce qu’il est important de retenir est que pour être revalorisé, un vêtement doit avoir un certain niveau de « recyclabilité ».

Et pour cela, la composition du textile est clé.

Un tissu 100% coton ou 100% polyester pourra plus facilement être recyclé et transformé en tissu : le recyclage mécanique, pour les matières naturelles comme la laine ou le coton, va découper, puis broyer et défibrer la matière pour défaire les fils qui composent le tissu. À cause de cette étape, la longueur initiale de la fibre va être réduite : elle sera plus courte et cela impacte bien sûr sa qualité. Un coton 100% recyclé pourra bien sûr, et heureusement, être utilisé comme matière première pour produire de nouvelles chemises ou de beaux pantalons, mais il sera important de le mélanger a de nouvelles (et longues !) fibres et de s’assurer que les parties plus à même d’être régulièrement frottées contre notre peau (coudes, genoux, cou) soient renforcées.

Un textile composé de fibres mixtes (polyester + coton par exemple) ne permettra pas la transformation des fibres en matières première pour la confection : les machines sont aujourd’hui encore incapables de trier les différents types de fibre, ou alors à un coût trop élevé pour que les marques de prêt-à-porter puissent s’en sortir. Or, aujourd’hui, plus de 30% des vêtements produits sont des mélanges coton/polyester… et donc non recyclables.

En revanche, 23,4% des textiles trouvent tout de même une seconde vie dans diverses industries : en plus de la filature de nouveaux textiles (quand c’est possible, voir ci-dessus), une grande majorité des fibres sont transformées pour être utilisées dans l’isolation (des bâtiments, par exemple) et le rembourrage (des sièges automobiles, matelas etc.).

10% des textiles seront aussi découpés et transformés en chiffons pour un usage ménager ou industriel.

 

La création d’énergie

À travers la combustion et la valorisation énergétique, certains textiles finissent leur vie en produisant des Kilojoules. En effet, une petite partie (7,6%) servira d’intrant dans la composition de Combustibles Solides de Récupération (en gros, ils peuvent être brûlés pour produire et fournir de l’énergie à certaines usines, comme les cimenteries). Enfin 0,6% des textiles seront revalorisés dans un objectif d’amélioration énergétique, pour créer des panneaux chauffants, occultants ou filtrants par exemple voire même la création de fils textiles photovoltaïques pour produire de l’énergie à partir d’une source de lumière naturelle ou artificielle.

 

La destruction des textiles inutilisables

Une toute petite partie des textiles sera détruit sans être valorisé. Il faut cependant noter que ce chiffre est lié aux textiles détruits sur le territoire français, mais qu’il ne prend pas en compte les vêtements usagés envoyés sur le continent africain et potentiellement enfouis ou incinérés là-bas.

Les textiles considérés comme déchets vont finir incinérés mais surtout enfouis dans le sol, amenant leur lot de matières et produits non biodégradables (polyester, teinture, éléments additionnels comme les sequins, boutons, élastique etc.).

 

Recyclage et greenwashing

Aujourd’hui, de plus en plus de grandes enseignes bien connues nous poussent à recycler contre des bons d’achat. Ces grandes enseignes ne vont pas revaloriser ces vêtements de seconde-main pour réutiliser les fibres, pour la plupart, mais vont les emmener aux centres de tris ou les revendre à des traders du textile pour un export en Afrique ou ailleurs dans le monde.

Des campagnes de greenwashing pour nous faire déculpabiliser… tout en attirant les consommateurs vers de nouvelles collections pour les faire re-consommer : la boucle est bouclée et les caisses sont remplies.

Mais la solution ne se trouverait-elle pas ailleurs ?

 

Choisir des vêtements qui durent longtemps

Le recyclage du vêtement n’implique donc pas nécessairement une revalorisation pérenne du textile. Le cycle de recyclage n’est pas une boucle infinie. C’est aussi un cycle énergivore et souvent polluant, qui nécessite parfois d’avoir recours à des produits néfastes pour l’environnement. Recycler un vêtement est évidemment la meilleure chose à faire lorsque le produit est en fin de vie, mais avant d’en arriver là, une question toute simple peut nous permettre de réduire réellement notre impact. Et la question, que l’on doit se poser avant de passer à la caisse de chaque enseigne de prêt-à-porter, est la suivante : ai-je vraiment (et rationnellement !) besoin de ce vêtement ?

Pour y répondre, il y a 4 leviers à activer :

  • Ai-je déjà un article similaire dans ma garde-robe ?
  • Ce vêtement est-il de qualité et pourrais-je le porter longtemps ?
  • Vais-je me lasser de ce vêtement, est-il intemporel ?
  • A-t-il une réelle valeur ajoutée pour mon bien-être à long terme ?

Si le vêtement que vous avez dans les mains est un besoin réel, alors il sera porté et reporté, vous en prendrez soin et ferez attention à le réparer s’il s’abîme. Ce vêtement sera un incontournable de votre dressing et il sera chéri pendant de longues années. Le jour où vous devrez vous en séparer, ce sera avec regret mais en sachant qu’il aura bien vécu avec vous et que son cycle de vie aura été maximisé.

Une garde-robe minimaliste sera le meilleur moyen de limiter l’accumulation des déchets textiles. En choisissant avec patience les pièces qui la composent, et en expliquant cette démarche autour de nous, en nous concentrant sur des vêtements qui nous permettent d’être qui nous sommes plutôt que des pièces qu’il faut avoir pour paraître ou compenser un manque, nous redécouvrons l’essentiel : pas besoin d’avoir beaucoup pour avoir du style. L’important est de savoir qui nous sommes vraiment !

 

Pour aller plus loin, voici quelques sources et références :

Ademe – Le revers de mon look
Où trouver la borne Relais la plus proche de chez vous
Le Monde – Enquête sur le paradoxe de la mode africaine
Le Monde – Le marché de la fripe au Sénégal
ConsoGlobe
The Conversation – Les effets très limités du recyclage des textiles
ReFashion – Je recycle
EDF – L’innovation énergétique a la fibre
The Huffington Post – These African countries don’t want your used clothing
OEC – Importations de vêtements de seconde-main